Société red
sam 20 jan 2018

Chinatown ne suit pas le métronome de Bangkok

Description

En résidence à Bangkok pendant deux mois, j’ai habité et travaillé dans le quartier chinois aux rues typiques où les ateliers-maisons se succèdent : de petites échoppes mono-produit constituées d’un étroit magasin en rez-de-chaussée, une cuisine rudimentaire et une douche au fond, des dortoirs sommaires aux étages. Les commerçants et leurs familles y travaillent et y vivent sous le nez des passants : la frontière entre vie publique et vie privée est totalement effacée.

Ma série vise à révéler cette ambivalence entre l’attraction touristique d’un univers authentique et le maintien artificiel de cette authenticité pour des raisons pécuniaires, au péril de la vie de ses habitants, car ces bâtiments sont pour la plupart insalubres, rongés par l’humidité (à cause de la mousson) et générateurs de maladies. Pendant ce temps, la population locale y survit de l'aube au crépuscule, s'aventurant rarement de leurs minuscules vitrines, comme si elle jouait une pièce de théâtre perpétuelle pour le plaisir du public.

J’ai voulu livrer cette sensation de chaos ressentie par le promeneur en juxtaposant trois espaces dans la même image et en manipulant la ligne de démarcation entre chacune pour renforcer le sentiment de proximité et d'encombrement. Pour rappeler les tentures chinoises anciennes et les peintures sur tissu, j’ai encadré mes vues panoramiques de trois bordures à motifs, issus de détails de l’image, grossis et multipliés pour évoquer le textile. En Asie, ce type de cadres servait à donner de la valeur à une oeuvre.

Cette série met également en cause la responsabilité du tourisme de masse dans sa quête du sensationnel.

Compléments
  • Chinatown de Bangkok
infos supplémentaire du photographe
Mots clés
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